samedi 8 janvier 2011

Devenir adulte

«... ma grande qui se transforme en adulte
et mon bébé qui en fait autant....»

Ce bout de chanson de Lynda Lemay - Entre deux paradis -, je l'ai qui tourne en boucle dans ma tête depuis des jours.

Ma fille a eu 8 ans.

8 ans.

Ce n'est plus un bébé. C'est une petite fille tremblante un pied dans l'enfance, l'autre sur quelque chose qui ressemble à l'adolescente. Elle entre dans une ère de contradictions. Elle veut rester petite, mais a «la folle envie d'être encore plus grande». Ça la déchire, je le vois, je le sens. Quitter un monde douillet pour un autre, invitant, intriguant, mais où on n'est pas en terrain connu: c'est pas si facile de choisir. Elle réfléchit plus, pense plus, se soucie plus, analyse plus, mais aime toujours autant, tellement fort. Pas de doute, elle se transforme en adulte, doucement peut-être, mais c'est cela.

Devenir une maman, c'est rendre nos enfants autonomes et responsables. C'est les amener à n'avoir plus autant besoin de nous. C'est les regarder partir, chaque jour un peu plus. C'est quand même un drôle de contrat que d'être parent. Mais quand je regarde ma fille se transformer, je suis bien fière aussi. Mon coeur se tord un peu (beaucoup parfois), mais je ne veux pas toucher à ses ailes. Elle prend son envol. Je ne peux pas la retenir. Je ne peux que l'accompagner. Être là. Toujours. La guider, si elle veut. Lui donner des conseils, même si elle ne les écoutera pas. Lui imposer des limites qui ne feront pas son affaire, mais le faire quand même (et elle se rendra compte justement que c'est parce que je l'aime). La consoler. Lui parler. Et l'écouter.

***

Je me surprends à être plus pensive, plus émotive, plus songeuse quand vient le jour de la fête de mes enfants. Encore plus, celui de ma fille. Car c'est précisément ce jour-là que je suis devenue maman. Le 8 janvier 2003, je suis allée au bout de moi, de mes limites, de mes forces, puis elle est (finalement!) née... et depuis, c'est la même chose! Si on pense que l'expérience de l'accouchement est une expérience inoubliable; ce n'est que le début! Le reste - notre vie de maman - est tout aussi puissant et troublant. On va au bout de nous. Toujours. Tu changes, ça oui. Sans toutefois se renier. Mais tu ne dors plus de la même façon autant que tu penses différemment. De mon côté, j'ai senti aussi un désir fou de changer le monde, de laisser ma trace, de vivre encore plus intensément, de lui montrer que tout est possible.

Voici ce que j'ai écrit pour Mamanpourlavie.com, quand MissLulus était petite. Ça résume un peu:

«« Vis!! », me crient les grands yeux de ma minounette depuis un peu plus de deux ans. «La vie est belle, mords-la, fonce! Fais-lui confiance! » qu’elle me répète sans le dire véritablement. Chaque jour, le regard franc de ma fille me motive à aller de l’avant jusqu’au bout de moi. J’ai gagné de la force, du dynamisme, une motivation nouvelle et un élan créateur explosif à son arrivée. J’ai pris le pari de ne jamais la décevoir et de lui montrer que tout était possible. Elle m’a donné des racines dans un monde en mouvance; j’allais lui donner des ailes. Je serai celle qui soufflera sous ses ailes pour qu’elle vole vers ses rêves. C’est un engagement solennel!»
(extrait de l'article Naître maman)

J'aime être une maman de toutes les parcelles de mon corps. Toute. Je me sens une meilleure personne. C'est un peu comme si j'avais eu une autre chance de voir et revoir la vie avec des yeux nouveaux. On se surprend à s'émerveiller encore, à porter une nouvelle attention dans les minuscules détails, à savourer encore plus tous les instants qui passent, etc. Et être maman m'a apprise l'humilité, le travail, l'effort, la gratitude, la reconnaissance, etc.

«Des leçons simples, elle m’en donne chaque jour. Depuis, petit à petit, je modifie la façon dont j’aborde la vie. Quand je vois Adèle me tendre la main pour descendre quelques marches d’un escalier, j’apprends que l’on peut demander de l’aide quand on se sent chanceler. Quand Adèle s’exclame, pimpante, « Bravooo! » parce qu’elle a réussi à enfiler ses pantoufles, je comprends que la vie est faite de multiples petites victoires qui pourtant passent souvent inaperçues. Quand Adèle est contentée par un petit cornet de crème glacée même si le voisin a un gros sundae cerise, fraise et chocolat, je me rappelle qu’un verre est autant à moitié plein qu’à moitié vide. Quand Adèle reçoit une babiole du magasin 1 $ et que ses yeux brillent de plaisir, je saisis qu’on ne remercie pas assez la vie pour ce qu’elle nous apporte.»
(extrait de l'article Naître maman)

Je n'ai pas eu un parcours parfait, c'est sûr. Je n'ai pas tout suivi à la lettre. J'ai pogné les nerfs, j'ai élevé le ton, été «à boutte», découragée, triste, etc. Comme tout le monde. La famille nucléaire n'a pas tenu le coup. Je ne suis pas restée, entre autres pour lui montrer qu'il faut se respecter assez dans la vie pour prendre des décisions qui font parfois très mal. Mais je lui ai aussi montré que la vie ne s'arrête pas. On s'est reconstruit une vie qui nous ressemble. Je suis à nouveau amoureuse et heureuse et elle profite tout plein de ce nouvel état. Bref, j'ai dérogé des règles, j'ai fait à ma tête, j'ai suivi mon coeur. J'ai été fièrement une (Z)imparfaite. Mais je me suis écoutée, restée fidèle à moi-même. J'ai fait mes choix pour moi, pas pour épater la voisine. Je refusais obstinément de devenir quelqu'un que je n'étais pas. Cela n'aurait pas été juste pour elle (et son frère qui est venu ensuite!). Selon moi, on peut changer sans se renier, s'oublier.

Mais j'ai eu du plaisir. Beaucoup. J'ai aimé ce saut dans le vide. Ce plongeon. Cette aventure. Et je compte bien continuer d'être heureuse et de parsemer les années à venir d'une foule de moments qu'on partage elle et moi et «qui me font aimer la vie plus fort»
- prendre un café de pitounes au Starbucks
- sa main dans la mienne
- quand elle vient se coller au petit matin, un moment douceur avant de commencer nos journées!
- lire ensemble
- les «in side» entre nous
- les fous rires
- jouer à des jeux
- nos escapades «massage» entre filles
- notre cahier de lettres qu'on s'échange, matin et soir
- les projets qu'on élabore...
- plus, toujours plus, encore...

Oui, elle devient une adulte. Tranquillement. Et c'est merveilleux, finalement! Oh oui! Alors, je vais savourer...

1 commentaire:

  1. Avec ce que je viens de lire, avec tes mots justes pour décrire ce que tu ressens, difficile de ne pas vouloir savourer autant la vie comme tu le fais si bien!

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